Mutations décisives

N°177 - Décembre 2004

Nul ne songe plus à minimiser les difficultés actuelles des Instituts missionnaires. Le présent dossier voudrait pourtant faire résonner ces problèmes comme des appels à procéder à des changements radicaux et à opérer des mutations sans doute décisives et irréversibles.

Celles-ci s’opèrent d’abord sur le plan de la formation des candidats missionnaires, qui désormais devront tenir compte de la tempête qui a secoué la mission jusque dans sa pratique et sa légitimité. Les missionnaires de demain, nous rappelle-t-on opportunément, seront des hommes et des femmes radicalement humains, vivant de la mémoire du don extrême que Dieu a fait de lui-même à l’humanité, qui portent leur regard au loin et ne s’arrêtent pas aux poncifs des sciences ou du passé missionnaire. En vivant leur être – homme jusqu’au bout, ils seront comme Abraham des gens qui « partent », qui se décentrent et s’aventurent dans un monde qui ne s’organise pas autour d’eux.

Les institutions propres aux congrégations constituent un second champ privilégié de mutations. Les structures des Ordres missionnaires, héritées du XIXe siècle, ne sont plus adaptées à la situation actuelle. L’esprit de Vatican II, l’évolution de l’Église et du monde et l’internationalisation des Congrégations exigent qu’on surmonte quelques anciennes dichotomies et les tensions actuelles qui se font jour au sein des Instituts. Cela peut aboutir, dans certains cas, à la division de l’institut, les membres issus du Tiers-Monde préférant créer une nouvelle entité pour ne plus se définir en fonction des références occidentales dominantes et pour forger une nouvelle image et une autre pratique de la mission. Cela ne va pas sans conflits ni ruptures !

L’actualité nous entraîne dans des paroisses urbaines où œuvrent désormais des religieux venus d’Indonésie ou d’Afrique. Leur témoignage de « missionnaires aux mains vides » quelquefois rejetés à la périphérie du milieu ecclésial français, donne à réfléchir sur l’ouverture de l’Occident aux missionnaires du Tiers-Monde. Un récit venu d’Autriche relate le vécu des missionnaires laïcs à temps déterminé (MaZ) et indique leur place originale dans le « paysage missionnaire » classique. Enfin, un monastère de Clarisses au Liban analyse ses difficultés en matière de vocations et son internationalité comme une chance pour une « nouvelle mission ».

Les chroniques présentent les journées bibliques de Lubumbashi et surtout le Congrès international de missiologie, qui s’est déroulé à Kinshasa (RDC) en juillet dernier. Elles font également place à la réflexion d’un prêtre sénégalais sur le rapport entre les Églises du Nord et celles d’Afrique : un appel à sortir de la logique de consommateurs pour celle de partenaires.

Le numéro clôt l’année 2004. Il vous rejoindra sans doute au début de l’Avent ou au moment de Noël. Que la nouveauté du Christ vous accompagne tout au long de l’année 2005.

Spiritus

Mutations décisives

Sommaire

ACTUALITÉ MISSIONNAIRE

Fransiskus Sule : Rejeté à la périphérie. Un religieux indonésien à Garges-les-Gonesse.
Sr Jeanne d’Arc : Nouvelle mission des monastères internationaux. Une communauté de clarisses au Liban.
Ogbabo Rigobert : Les mains vides. Évangéliser sans richesse ni pouvoir
Alexandra Petrovics : Vivre une année aux Philippines. Expériences d’une laïque missionnaire à temps déterminé

DOSSIER : MUTATIONS DÉCISIVES

Percy Juan Bacani : Quand la mission vire au brun
Daniel Duigou : Le missionnaire : radicalement homme !
Daniel Mellier : Former à la mission
Edouard Brion : Picpus devant un tournant
Gérard Meyer : Le regard porté au loin.
Bede Ukwuije : Le don, démarche missionnaire fondamentale
Pierre Lefebvre : Pour aller plus loin

CHRONIQUES

Congrès international de missiologie à Kinshasa
Les rapports entre les Églises d’Europe et celles d’Afrique