Mission, quelle efficacité ?

N°193 - Décembre 2008

EFFICACITÉ

Parler efficacité, n’est-ce pas d’abord penser résultats ? D’ailleurs, « être efficace, selon le Larousse, se dit de quelqu’un dont l’action aboutit à des résultats utiles ». Ainsi, lorsque les chefs d’État et de gouvernement du G20 se rencontrent, tout le monde espère bien qu’ils travaillent avec une efficacité telle que leurs décisions contribuent à surmonter la crise que l’on sait. Alors, l’efficacité coûte que coûte, par tous les moyens ? On se souvient de la réplique du doctrinaire Hoederer à Hugo dans Les mains sales : « Tous les moyens sont bons quand ils sont efficaces ! »... Eh bien non, car le but recherché et les acteurs engagés portent en eux des valeurs qui ne souffrent pas d’être défigurées par les moyens mis en œuvre, aussi efficaces soient-ils.

Dire d’une activité missionnaire qu’elle est efficace, renvoie immanquablement à une vision de l’Église. Or, quelle est la raison d’être de cette Église ? N’est-ce pas de symboliser et de servir le Royaume de Dieu en accomplissement ? C’est ainsi qu’à la suite et à l’exemple de Jésus, elle est appelée à manifester aux hommes le nom et la gloire du Père. L’histoire nous montre cependant que la « grandeur » des institutions ecclésiales n’a pas toujours servi la « gloire » du Père, tant s’en faut. Un brouillard incertain enveloppe souvent ces instants où la grandeur de l’Église n’a guère laissé en-trevoir la gloire de Dieu. C’était déjà le constat de Jésus qui connaissait bien son public : « D’ailleurs, je vous connais : l’amour de Dieu n’est pas en vous […]. Comment pourriez-vous croire, vous qui tirez votre gloire les uns des autres, et de la gloire qui vient du seul Dieu n’avez nul souci ? » (Jn 5, 42.44). Sans appel. Voilà un avertissement auquel on ne saurait être trop attentif.

Une certaine peur du « vide », de la « non-grandeur » rôde toujours qui est souvent mauvaise conseillère. Il est donc important d’évaluer les stratégies et les pratiques ecclésiales à l’aune de cette « gloire qui vient du seul Dieu ». Ce Dieu qui, en Jésus-Christ, est venu à la rencontre de tout homme pour qu’il ait la vie, et la vie en abondance. Dès lors ce questionnement : comment l’Église peut-elle être au plus juste dans le service de cette rencontre ? Est-elle responsable et efficace dans le choix et l’utilisation des moyens qu’elle se donne pour accomplir cette mission ? Atteint-elle les objectifs fixés par ce service ? C’est de cette manière que l’on peut juger de l’efficacité de l’action missionnaire. Une visibilité ecclésiale est certes légitime, mais à quelle fin et par quels moyens y prétendre ? Des candidats à la vie religieuse missionnaire se présentent, nombreux en certains endroits, mais quel but et quelles exigences de vie leur présente-t-on ? La joie de compter de nombreuses conversions et baptisés ne doit pas faire oublier à quelle profondeur doit se situer la décision d’accueillir le Royaume en suivant le Christ. Les défections et tragédies sont assez nombreuses pour récuser les résultats rapides et spectaculaires comme des preuves d’efficacité. À moins de céder aux sirènes du succès d’entreprise purement humaine, quel missionnaire n’a pas eu à se réconcilier avec la confession d’un Paul : « lorsque je suis faible, c’est alors que je suis fort » (2 Co 2, 10) ?

Dans leur message final, les Pères du Synode sur la Parole de Dieu nous renvoient à la praxis de Jésus « dont les mots ne passaient jamais au-dessus de ses interlocuteurs […] ; au contraire il conquérait son auditoire en partant du sol sur lequel leurs pieds étaient plantés pour les conduire de leur quotidien à la révélation du royaume des cieux ». Une « annonce pragmatique » de la Bonne Nouvelle du salut. Une proclamation persuasive mais toujours respectueuse de la liberté de conscience d’un chacun. Quels que soient les moyens utilisés, l’activité missionnaire devra toujours se situer « en cohérence avec la mission divine, écrit Jean Peycelon, c’est-à-dire avec la façon dont Dieu a choisi de se révéler […], avec sa manière d’être avec nous ».

Bernard Keradec

Mission, quelle efficacité ?

Sommaire

ACTUALITÉ MISSIONNAIRE

Charles Phukuta : Conférence générale CICM
Marie-Anne Ménard : Passion pour la mission – 15ème Chapitre général des sœurs NDA
René Prévot : Vivre en Église dans la République islamique de Mauritanie

DOSSIER : MISSION, QUELLE EFFICACITÉ ?

Jean Peycelon : L’Évangile au risque du marketing
François Kibwenge El-Esu : Évangélisation et attentes du salut en contexte africain
Wenceslao S. Padilla : Annoncer l’Évangile en Mongolie
Céline Hoyeau : Internet, un nouveau continent à évangéliser
Christophe Herinckx : Campagne d’affichage et stratégie d’évangélisation

VARIA

Eloi Messi Metogo : Aparecida 2007, un point de vue africain

CHRONIQUES

Marie-Hélène Robert : Images et diffusion du christianisme – CREDIC 2008
Helmut Renard : Une Église disciple et missionnaire

LIVRES ET REVUES

Un livre à lire
Bede Ukwuije, Trinité et inculturation.

Recensions
Anselm Grün, La foi des chrétiens.
Brian Kolodiejchuk (dir.), Mère Teresa. Viens sois ma lumière.
Michel Sauquet, L’intelligence de l’autre.
Catherine Marin (ss.dir.), Les écritures de la mission en Extrême-Orient.
Marek A. Rostkowski, La cooperazione dei laici all’attività missionaria della Chiesa nell’insegnamento di Giovanni Paolo II.
Benedict Groeschel e.a., L’épopée des Franciscains du Bronx
Jean-Jacques Pérennès, Georges Anawati (1905-1994).
Renzo Agasso (dir.), Dominique Lapierre.
Frederick J. Ruf, Bewildered Travel.
Théodore Ouedraogo, Le christianisme aux prises avec les fétiches, les coutumes et les sectes en Afrique.
Michael Amaladoss, Beyond Dialogue.
Virginio Cognoli, I protagonisti della missione d’Oceania 1852-1856.
Guy Marchessault, La foi chrétienne & le divertissement médiatique.
Valerio Petrarca, Un prophète noir en Côte d’Ivoire.

Revues
Zeitschrift für Missionswissenschaft und Religionswissenschaft, vol. 92, n°1-2, 2008
Revue de l’Université Catholique de l’Afrique de l’Ouest, n°30, 2007