Marie et la mission

N°210 - Mars 2013

UNE RACINE... UN VISAGE

Je propose au lecteur qui vient d’ouvrir ce numéro de Spiritus de le fermer… et de regarder attentivement la photo à la dernière page de la couverture. Elle montre la statue de la Vierge Marie qui se trouve dans la chapelle des Missionnaires du Verbe Divin (SVD) à l’Université Fu Jen (Taipei, Taïwan). C’est l’œuvre du célèbre artiste chinois Ju Ming. Celui-ci a réussi à évoquer un long processus de rencontres et recherches en sculptant un visage féminin sur une racine légèrement retouchée.

En 1977, le P. Mathias Christian, SVD autrichien, visite le Musée de l’Histoire à Taipei où il découvre l’œuvre d’un jeune artiste, Ju Ming, disciple de Yang Ying-feng, grand spécialiste de l’art sacré populaire ornant de multiples temples et autels domestiques. Le missionnaire est frappé par le style moderne et simple, légèrement abstrait, mais en même temps très évocateur des sentiments du peuple chinois. Les statues de Tai Chi Chuan, de Confucius, de Gwang Gung et d’autres héros populaires sont accueillies avec enthousiasme par le monde de la culture. Le peuple aime surtout ses représentations de scènes de la vie concrète, par exemple les paysans au travail avec leurs buffles.

Le P. Christian pense à la possibilité de demander à Ju Ming de faire des statues chrétiennes. Celles-ci aideraient certainement à rendre la Bonne Nouvelle plus accessible au peuple. Un coup de fil, et le voilà dans l’atelier de l’artiste qui l’accueille aimablement. Après une longue et très agréable conversation, Ju Ming dit qu’il est disposé à sculpter des figures chrétiennes, mais qu’il a besoin d’un temps de préparation. Question de comprendre et de sentir ce que ces figures signifient pour les chrétiens.

Quelque temps après, Ju Ming visite Rome ; il est fort impressionné par la basilique St Pierre. En Italie, il commence à sentir ce qu’est l’art chrétien et il fait une petite statue du Bon Pasteur qu’aussitôt après son re- tour il remet au P. Christian. Entre temps, il s’est également rendu compte que les missionnaires ne sont pas des étrangers à la recherche d’argent et qu’ils mettent tout ce qu’ils gagnent en commun… De bon cœur, il offre gracieusement la statue au P. Christian. Il lui en donnera même par la suite une deuxième, la première ayant été volée. Une amitié solide se développe.

Quelques années plus tard, les responsables de la communauté SVD de- mandent à Yang Ying-feng de rénover leur modeste chapelle à l’université afin que les Chinois puissent s’y sentir vraiment chez eux. Ju Ming est invité à sculpter une statue de la Vierge Marie. Il échange longuement avec son ami, le P. Christian, sur la signification de la figure de Marie. Un moment, il pense à Guan Yin, la déesse de la miséricorde, mais comprend vite que Marie est d’un tout autre ordre. C’est là qu’il se sou- vient de la racine qu’il a légèrement dégauchie tout en accentuant un peu certaines formes. Il sculpte alors un visage féminin en haut de la racine… Elle est là, la Vierge Marie. En la voyant pour la première fois, le P. Christian est choqué, mais en la regardant plus longuement en compagnie de son ami, il se laisse envahir par sa beauté, sa bienveillance et sa sérénité.

En utilisant une matière brute, sans beauté apparente, qui résiste au ci- seau du sculpteur, Ju Ming ne cache rien de la réalité souvent très dure de la vie. Mais il lui donne un visage, petit mais très significatif. Un vi- sage de femme, de maman ; sa bonté, sa miséricorde, son humilité et sa douceur changent tout. La statue évoque la dimension féminine présente dans tout être humain. Celle-ci, comme la statue, contribue à donner une forme concrète à la dignité et à la simplicité, à la sérénité et au dynamisme, aux réalités de l’au-delà et à celles d’ici-bas…

Les articles du dossier de ce numéro sont également issus d’un long cheminement personnel qui a permis à leurs auteurs, chacun à sa façon et selon son expérience concrète, de mieux saisir ce que la figure de Marie peut signifier pour la transmission de la foi, dimension essentielle de la mission. Bonne lecture !

Eric Manhaeghe

Marie et la mission

Sommaire

ACTUALITE MISSIONNAIRE

Mauro Armanino : Les flux migratoires au Niger. Lecture d’un signe des temps
Jean-Claude Ceillier : Un engagement missionnaire remarquable. La campagne antiesclavagiste de Charles Lavigerie 1888-1890

DOSSIER : MARIE ET LA MISSION

Hendro Munsterman : Marie et la Bible. Une pluralité d’images au service de l’annonce de Jésus-Christ
Jean-Louis Barré : Marie, étoile de la nouvelle évangélisation. Marie et la mission dans le magistère catholique
Michel Courvoisier : Marie, soutien de l’évangélisation. Spiritualité mariale chez les Oblats de Marie Immaculée
Clodomiro L. Siller Acuña : Guadalupe : inculturation réussie
Eleazar López Hernández : Notre Dame de Guadalupe. Chemin du peuple mexicain vers Dieu
Flavien Nkay Malu : La dévotion mariale en République Démocratique du Congo
Marie-Hélène Robert : La grâce de Marie pour la mission de l’Église

CHRONIQUES

Henri Tessier : Communion et témoignage. Quelques réflexions à propos de l’exhortation apostolique Ecclesia in Medio Oriente
Pierre Diarra : Se former à la mission universelle. Session d’été à Lyon du 27 au 31 août 2012

LIVRES

Recensions
Paul Christophe, Des missionnaires plongés dans la Grande Guerre 1914-1918.
Olivier Rota, Essai sur le philosémitisme catholique.
Ferdinand Guillén Preckler, Dieu dans la littérature africaine.
Philippe Béguerie et Jean-Noël Bezançon, La messe de Paul VI.