Questions venues des pentecôtismes

N°216 - Septembre 2014

QUE VEUT NOUS DIRE L'ESPRIT ?

En fin novembre dernier, un peu plus d’un an après le synode sur la nouvelle évangélisation présidé par Benoît XVI, le pape François adressait aux fidèles l’exhortation apostolique Evangelii gaudium où transparaît non seulement la réflexion des Pères synodaux, mais aussi la vision personnelle du nouveau pape sur l’évangélisation. Certains de nos lecteurs et lectrices ont pu s’étonner que Spiritus ne se soit pas encore fait l’écho de ce texte riche qui vient manifestement prendre place dans la lignée des grands documents du magistère d’après Vatican II traitant explicitement de la mission, notamment de Evangelii
nuntiandi de Paul VI (1974) et Redemtoris missio de Jean-Paul II (1990). Il faut dire qu’au cours des mois qui ont suivi cette parution, les commentaires et analyses n’ont pas manqué, dans la presse écrite en particulier, et nous avons voulu éviter de répéter ce que beaucoup pouvaient trouver dans leurs quotidiens ou mensuels habituels. Nous avons pris le parti de proposer plutôt une lecture et une réflexion bénéficiant d’un peu de recul et pouvant être enrichies par un regard sur la façon dont ce document a pu être reçu ici ou là, et peut-être aussi par l’évocation de diverses initiatives ou orientations s’en inspirant déjà. C’est pourquoi La Joie de l’Évangile fera l’objet du dossier central de notre numéro 218 de mars 2015, qui tentera de mettre le document en dialogue avec l’expérience missionnaire vécue en divers contextes humains et ecclésiaux. Mais, sans attendre mars prochain, nous publions dans le présent cahier, sous la rubrique « Actualité missionnaire », un article constituant à la fois une sorte de guide de lecture et une appréciation globale de l’exhortation par un bon connaisseur du contexte latinoaméricain familier à l’ancien archevêque de Buenos Aires.

Il se trouve que le présent dossier sur les pentecôtismes fait écho, sans que nous l’ayons planifié, à l’un des accents majeurs d’Evangelii gaudium. L’exhortation adresse en effet une invitation pressante aux disciples du Christ, et spécialement aux pasteurs, à se faire proches de toute personne humaine, et en particulier de celles qui se trouvent marginalisées ou en situation de détresse. Au n° 169, le nouvel évêque de Rome écrit : « Nous devons donner à notre chemin le rythme salutaire de la proximité, avec un regard respectueux et plein de compassion mais qui en même temps guérit, libère et encourage à mûrir dans la vie chrétienne. » Or l’une des choses qui ressort du dossier de ce cahier c’est précisément que si certains fidèles s’éloignent de leurs communautés chrétiennes habituelles pour se tourner vers des groupes ou mouvements d’inspiration pentecôtiste, c’est souvent parce qu’ils n’ont pas trouvé, autant qu’ils le souhaitaient, proximité, présence chaleureuse et fraternelle, attention bienveillante à leurs questions et attentes concrètes du moment.

Même si ces attentes peuvent être porteuses d’ambiguïtés, elles n’en sont pas moins un appel à mieux écouter ces personnes et à nous rendre, autant qu’il est possible, disponibles pour les accompagner dans leur pèlerinage humain et dans l’approfondissement d’une foi chrétienne appelée à être non seulement une expérience affective et consolante de la présence de Dieu ici et maintenant, mais aussi une attente patiente et persévérante d’un salut qui reste toujours encore à venir. Quand on considère l’ampleur du mouvement pentecôtiste, touchant sous diverses formes tous les continents et dans des proportions tout à fait considérables, les questions et appels qui en sont issus peuvent difficilement être pris à la légère. Sans perdre de vue son caractère multiforme et fort complexe, l’objectif de ce dossier est d’offrir un aperçu de quelques unes des motivations y attirant les nouveaux adeptes ainsi que des réactions et réponses concrètes des Églises catholiques locales, en tentant de discerner ce qu’à travers tout cela l’Esprit veut nous dire.

Un dernier mot, à la fin de cet éditorial, pour attirer l’attention de nos lecteurs et lectrices sur le colloque qui se tiendra en fin novembre prochain et qui est annoncé de façon plus précise en page 374 de ce cahier. Organisé conjointement par la revue Spiritus et le REPHI (Réseau philosophique de l’interculturel) de l’Institut catholique de Paris, il se veut un espace permettant d’approfondir la réflexion sur la rencontre de la foi et des cultures dans nos sociétés marquées par une interculturalité croissante.

Jean-Michel Jolibois

Questions venues des pentecôtismes

Sommaire

ACTUALITE MISSIONNAIRE

Paulo Suess : L’Église « en sortie ». La joie de l’Évangile : du vin et des gouttes d’amertume

DOSSIER : QUESTIONS VENUES DES PENTECOTISMES

Michel Mallèvre : Les pentecôtistes. Aperçu historique et questions posées aujourd’hui
John Mansford Prior : Le pentecôtisme en Indonésie. Leçons d’une croissance phénoménale
Andrea Damacena Martins : Le pentecôtisme catholique au Brésil. Sa croissance et ses courants
Silvia Cristofori : La renaissance dans l’après-génocide. Aspects du mouvement pentecôtiste au Rwanda
Damien Etshindo : Essor des « Églises de réveil » au Congo Kinshasa. Quels défis pour l’Église catholique ?
Raymond Pfister : Le pentecôtisme en Europe

CHRONIQUES

Bede Ukwuije : L’Église en Afrique : de Vatican II au troisième millénaire. Colloque du SCEAM – Rome – 24-25 avril 2014
Elvis Elengabeka : Sagesse biblique et mission. Colloque Faculté de théologie de Lille – 15-17 mai 2014
Bertrand Evelin : La Sainte Ignorance. Présentation du livre d’Olivier Roy

LIVRES

Recensions
Emmanuelle Kadya Tall, Le candomblé de Bahia. Miroir baroque des mélancolies postcoloniales.
Achille Mbembe, Critique de la raison nègre.
Walter Kasper (dir.), Theological Studies on Martyrdom.
Yolande Nicole Boinnard, Oser la colère. Théologie d’une émotion.
Élian Cuvillier et Jean-Daniel Causse, Traversée du christianisme. Exégèse, anthropologie, psychanalyse.
François de Gaulle avec Victor Macé de Lépinay, « J’ai vu se lever l’Église d’Afrique ».
Gertrude d’Helfta, Le héraut de l’amour divin. Lu par Marie-Béatrice Rétif.