La joie de l'Evangile

N°218 - Mars 2015

L'EXPÉRIENCE SPIRITUELLE DE FRANCOIS... ET LA NOTRE

Depuis la parution de Evangelii gaudium, en fin novembre 2013, commentaires et analyses de ce document d’Église sur la mission ont vu le jour ici et là. Spiritus ne pouvait manquer d’y faire largement écho. C’est l’objectif du dossier présenté dans ce cahier. Chacun des auteurs, bénéficiant d’un peu de recul depuis la publication du texte, présente un point de vue naturellement marqué par le contexte humain et ecclésial qui lui est propre et selon une diversité à laquelle nos lectrices et lecteurs sont accoutumés. Nous avons ainsi une étude sur l’articulation entre la problématique de la « nouvelle évangélisation » et la vision missionnaire du pape François, suivie d’une analyse de la logique entre son Exhortation et la manière dont, dans la pratique, il exerce son ministère ; puis se succèdent l’évaluation par un Latino-Américain des propos du pape sur la piété populaire, un point de vue protestant sur sa façon de traiter la dimension sociale de l’évangélisation, un regard féminin sur l’ensemble du document et, finalement, la lecture que fait un religieux missionnaire africain des développements de François sur la spiritualité des évangélisateurs. D’autres points de vue seraient bien sûr possibles et il n’est pas exclu que la revue revienne à l’avenir sur la réception de La Joie de l’Évangile.

Alors que les contours de ce dossier étaient déjà bien définis, je recevais, en octobre dernier, une lettre du fondateur et lecteur toujours assidu de Spiritus, Athanase Bouchard. Il me disait notamment : « As-tu remarqué combien le dernier chapitre de Evangelii Gaudium développe un merveilleux programme de spiritualité missionnaire pour des ʺévangélisateurs avec espritʺ ? On ne peut que reconnaître là la visée originelle de Spiritus et la raison même de son nom. C’est pourquoi il me semble qu’en dépit de son changement d’orientation et de sous-titre, la revue se doit de souligner fortement l’intérêt et la pertinence de ce chapitre pour la vie spirituelle des missionnaires d’aujourd’hui. » Oui, j’ai remarqué ce chapitre ! Et nous n’avons pas manqué de demander à un collaborateur d’en présenter ici sa perception. En réalité, une des choses qui m’a le plus frappé dans ce chapitre, et qui se dégage aussi du reste du document, c’est le ton du propos : comme le trop-plein du coeur d’un pasteur habité par sa propre expérience, une expérience d’où émane la joie profonde d’être apôtre et dont il fait le titre de son exhortation.

On trouve cela surtout dans la section « Le plaisir spirituel d’être un peuple » (n° 268-274). À quatre reprises, il y a l’évocation de cette intense « expérience » d’être ou d’appartenir à un peuple, de la « joie missionnaire » qui va jusqu’à un « plaisir d’être une source ». On y lit aussi cette invitation à « développer le goût spirituel d’être proche de la vie des gens, jusqu’à découvrir que c’est une source de joie supérieure ». Joie, goût, plaisir : ce là sont des termes bien peu « intellectuels », suggérant sans ambiguïté que celui qui en use est en train de faire appel à ce qu’il a lui-même vécu et éprouvé dans l’exercice de son ministère. À la lecture de tels paragraphes, me reviennent en mémoire ces circonstances où j’ai pu expérimenter une joie comparable : par exemple dans la proximité avec des personnes culturellement très éloignées mais rejointes grâce à un patient apprentissage de leur langue en vue du partage de l’Évangile, ou encore dans la visite et l’accompagnement de personnes malades ou en situation de détresse. Nul doute qu’auprès bien d’autres lectrices et lecteurs un tel passage a le même effet suggestif.

Se laisser aller à cette évocation ne serait-ce pas s’exposer à tomber dans un état d’inquiétante euphorie spirituelle ? Le danger n’est peut-être pas inexistant. Mais il y a un autre enjeu. Quand Paul dit qu’il « trouve sa joie » (Col 1, 24) dans son ministère d’apôtre, il ne s’agit pas d’une joie béate ; c’est pour mieux souligner qu’il y expérimente un mystère à la fois de mort et de vie (2 Co 4, 6-12) qui n’est autre que l’expérience de la présence du Ressuscité dans son existence missionnaire. C’est ainsi que, dans toute joie spirituelle reçue à l’occasion d’un authentique don de lui-même aux personnes pour lesquelles il se dépense, l’apôtre d’aujourd’hui peut lire une participation à la puissance en actes du Vivant. François nous convie à goûter, dans notre propre expérience pastorale, cette saveur de la présence du Ressuscité dans notre vie.

Jean-Michel Jolibois

La joie de l'Evangile

Sommaire

ACTUALITE MISSIONNAIRE

Christian Chessel : La mission dans la faiblesse. Réflexions sur une approche possible de la mission.

DOSSIER : LA JOIE DE L'EVANGILE

Jean-Pierre Roche : De "la nouvelle évangélisation" à "La joie de l'Evangile"
Hervé Legrand : Les réformes du pape François : L'Evangile en première place et une Eglise vécue comme communion
Faustino Teixeira : La piété populaire selon Evangeli Gaudium
Anne-Marie Reijnen : "Gardiens des autres créatures". Un commentaire protestant de "La joie de l'Evangile".
Maria-Clara Lucchetti Bingemer : Fragilité et génie : la place de la femme dans Evangeli Gaudium
Richard Fagah : A propos de la spiritualité missionnaire d'Evangeli Gaudium. Défis et urgences pour une postérité africaine

VARIA

John O'Brien : Le dialogue est proclamation. La proclamation est dialogique. La présence des spiritains au Pakistan

CHRONIQUES

Ludwig Schick : Jeter des ponts à travers le monde. Journées des catholiques - Ratisbonne, mai-juin 2014
Christian Tauchner : Nouvelles perspectives missionnaires. Atelier à l'Institut de missiologie de St Augustin
Ignace Ndongala Maduku : Le projet d'Eglise et de société du cardinal Malula. Table ronde à Londres - 28 juin 2014

LIVRES

Recensions
Pierre Dunoyer, Christianisme et idéologie au Japon. XVIe-XIXe siècle.
Mulopo Apollinaire Makambu, La mission catholique Mukila, R.D. Congo (1933-2008).
Mgr Joseph Doré, Être catholique aujourd’hui dans l’Église du pape François.
Pierre Diarra, Les religions des ancêtres en Afrique. Orientations anthropologiques et réflexions théologiques.
Tiziano Tosolini (dir.), Dizionario di Shintismo.
Frère Alois de Taizé, Pèlerins de confiance. Le chemin de communion suivi à Taizé.
Frère Roger de Taizé, Vivre l’aujourd’hui de Dieu. Et les premiers livres.
René Luneau, Dieu, au plus près de l’homme. Comme, dans l’arbre, monte la sève…
Marco Moerschbacher et Ignace Ndongala Maduku (dir.), Culture et foi dans la théologie africaine. Le dynamisme de l’Église catholique au Congo Kinshasa.
John Shelby Spong, Jésus pour le XXIe siècle. (titre original : Jesus for the non-Religious)