Clés pour la mission

N°24 - Septembre 1965

Déclarations conciliaires sur les non-chrétiens, sur la liberté religieuse (et singulièrement sur la liberté de l'acte de foi), constitutions sur l'Église dans le monde moderne (schéma XIII) et sur l'apostolat des laïcs, pouvait-on espérer cadre mieux approprié à une réflexion de l’Église sur sa mission première définie en Marc 16, 15 : « Allez dans le monde entier, proclamez la Bonne Nouvelle à toute créature » ? Il appartient au concile de veiller à ce que la constitution sur la Mission soit vraiment le cœur de cette dernière session et qu'elle soit digne de son cadre. Quelle autorité et quel pouvoir l’Église aurait-elle pour aider le monde à résoudre ses problèmes terrestres si elle-même se révélait incapable d'assurer une plus juste distribution des biens messianiques à tous les hommes de bonne volonté ?

Ne sachant à peu près rien du nouveau schéma sur la Mission, nous avons plus de liberté pour tenter d'exprimer l'attente des missionnaires à la veille du débat décisif. Au moment des trois premières sessions, nos lecteurs ont déjà pu lire des témoignages sur l'actualité des missions étrangères (n° 12), des études sur la responsabilité missionnaire collégiale de l'épiscopat (n° 16), des documents sur les risques de régression de la Mission (n° 20). Cette année, il nous a paru opportun de rassembler une sorte de dossier théologique autour des points les plus sensibles de la pensée catholique quand elle s'applique à l'œuvre missionnaire. Trois motifs nous y poussaient : aider les missionnaires à faire eux aussi leur aggiornamento à la lumière des acquisitions de l'ecclésiologie, en situant plus exactement leur action dans l'axe de la réflexion de l'Église ; - dans le malaise qu'ils ressentent à lire certaines formulations de théologiens, parfois simplifiées et déformées par des publicistes ; dissiper ce qui tiendrait à une expression incorrecte, incomplète ou insuffisamment nuancée ; - pour le reste, faire ce qui dépend de nous pour que ces graves problèmes ne soient pas tranchés sans qu'aient été entendues, au moins sous forme d'interrogations, les objections des missionnaires qui craignent de voir trahie l'une ou l'autre donnée de la foi, ou méconnu tel ou tel aspect de leur situation.

Du point de vue plus précis d'une revue comme la nôtre, il s'agissait d'obtenir toujours plus de lumière sur la nature et le sens de la vocation missionnaire. Tout notre projet en dépend, car une spiritualité missionnaire spécifique suppose l'existence, dans l’Église, d'une fonction missionnaire distincte.

Bien loin de prétendre clore le débat avant la constitution conciliaire sur la Mission, le présent dossier ne vise qu'à introduire un dialogue nécessaire et fécond entre les ouvriers et les théologiens de la Mission. Ils ont en effet besoin les uns des autres. D'une part les missionnaires dépendent des théologiens et ce qu'on a critiqué à plaisir dans leurs jugements, leurs attitudes ou leurs méthodes n'était souvent chez eux que le reflet des leçons reçues dans leur jeunesse en Europe. Quand l'enseignement théologique modifie ses perspectives, il est donc souhaitable qu'on en prévoie le retentissement sur l'activité des missionnaires et qu'on le leur explique. Les théologiens de la Mission, de leur côté, ne sauraient ignorer les réactions des premiers, car ce que les uns étudient, tes autres le vivent et y gagnent, dans la mesure où ils sont dociles à l'Esprit, une connaissance pratique et implicite de la véritable mission de l’Église qui constitue elle aussi une donnée pour la théologie.

Nous avons donc soumis le questionnaire reproduit plus loin à plus de cinquante théologiens. Une dizaine, et non des moindres, se sont excusés à leur grand regret, et au nôtre, de ne pouvoir répondre dans le délai très court qui leur était laissé. Mais nous sommes déjà très heureux d'avoir obtenu, en cette période d'intense fermentation conciliaire qui mobilise tant de théologiens, les réponses d'une vingtaine d'entre eux. Nous leur disons ici notre gratitude et celle de nos lecteurs. Sans doute eussions-nous souhaité que certaines réponses fussent plus développées, plus techniques même, puisque c'est à la science théologique que nous faisions appel. Par respect des consignes données aux experts, en même temps que pour assurer l'indépendance et le caractère complémentaire de notre recherche, nous avons renoncé à interroger les théologiens que nous savions plus ou moins directement engagés dans la préparation du schéma sur la Mission.

Certains de nos correspondants n'ont répondu qu'à l'une ou l'autre question. Si quelques réponses ont été abrégées, avec le consentement de leurs auteurs, aucune - est-il besoin de le préciser ? - n'a été censurée. Par contre, il a paru préférable de renoncer à les présenter selon l'ordre initial du questionnaire. Sous une apparence de construction théologique, celui-ci suivait un ordre tout empirique, groupant successivement les assimilations, les oppositions et les prétéritions que les missionnaires relèvent dans la littérature qui forme l'opinion catholique de nos pays et qui paraissent à beaucoup d'entre eux discutables ou malheureuses. Si cette référence concrète de nos questions avait été plus clairement exprimée (« A -t-on raison d'assimiler ... d'opposer, etc. ? ») nous aurions évité la mésaventure de paraître, aux yeux de plusieurs correspondants, prôner les fausses oppositions ou les confusions que nous voulions précisément mettre en cause !

L'ordre de présentation adopté ici sera davantage dicté par la logique interne du sujet : d'abord le sens et les voies de l'action missionnaire en général, puis quelques-uns des problèmes concrets que pose à l’Église le passage de sa mission universelle aux missions particulières, enfin une nouvelle réflexion sur la spécificité de la vocation missionnaire, clé indispensable du problème pratique numéro un, celui du personnel missionnaire.

La première partie de notre dossier groupe des questions qui sont dans l'air. On les retrouve en filigrane, avec les réponses les plus autorisées qui se puissent souhaiter, dans l'allocution de Paul VI à la dernière assemblée générale des œuvres pontificales missionnaires. Les questions suivantes (notamment sur l'implantation mondiale de l’Église) nous sont plus personnelles et semblent avoir un peu pris au dépourvu nos correspondants ; pourtant on voit mal comment espérer une franche reprise de l'effort missionnaire tant qu'elles n'auront pas été résolues. Quant aux dernières questions, dont nous continuons à parler - c'est notre rôle - du point de vue des instituts missionnaires, nous sommes très heureux de les voir faire aussi, cette année, en France, l'objet spécial des recherches et du congrès annuel du Centre National des Vocations.

Spiritus

Clés pour la mission

Sommaire

1. DIALOGUE ET ANNONCE DE JÉSUS CHRIST
sens chrétien des religions non chrétiennes / 241
l'évangile n'est pas un monologue / 243
un dialogue qui évangélise / 246
un dialogue mené pour lui-même ? / 248
sous la conduite de l'esprit / 251

2. LA PAROLE ET LE SALUT DU MONDE
Le christ au-devant de ses messagers / 255
la nouveauté du christ / 256
assomption et rachat, loi de l'incarnation / 262
l'église en mission d'abord pour être elle-même / 265
mais aussi pour frayer le chemin au sauveur / 268
et faire venir tout homme à la lumière / 275

3. BERCAIL UNIQUE OU PETIT TROUPEAU ?
convoquer tous les hommes / 279
faiblesse de l'église, puissance du seigneur / 283
levain et filet / 287

4. LE SILENCE ET LA PAROLE
« comment croire sans l'avoir entendu ? » / 289
les témoins silencieux / 291
préludes de la parole / 294

5. LA MISSION DE PREMIÈRE ÉVANGÉLISATION
peut-on la discerner ? / 301
au niveau de l'expérience / 305
au regard de la théologie / 309
mission et entraide des églises / 314

6. IMPLANTATION MONDIALE DE L'ÉGLISE. QUESTIONS OUVERTES
jeunes églises et missions / 318
n'y a-t-il plus d'églises à fonder ? / 322
la direction de l'activité missionnaire / 324
des évêques fondateurs d'églises ? / 330

7. DES CHRÉTIENS MIS A PART POUR LA MISSION
des tâches complémentaires et inséparables / 337
priorité de l’œuvre missionnaire / 343
un ministère et un charisme particuliers / 350

8. ORGANISATION DU CHARISME MISSIONNAIRE
liberté de l'esprit / 356
nécessité de structures distinctes / 357
des instituts renouvelés / 360
le prix du renouveau missionnaire / 366
tables scripturaires, onomastique / 368

Par R. ARULAPPA, R. AUBERT, A. BONNICHON, G. de BROGLIE, (J. COMBLIN), J.-N. CRESPEL, I.-H. DALMAIS, J. DANIÉLOU, J. DOURNES, J. GALOT, L. D'HENDECOURT, A.-M. HENRY, P. HITZ, H. HOLSTEIN, J. LECUYER, L. LEGRAND, M.-J. LE GUILLOU, J. MASSON, J. de MENASCE, D. NOTHOMB, J. PINTARD, KARL RAHNER, P. TERNANT et les rédacteurs de Spiritus.