Aggiornamento missionnaire

N°30 - Février-mai 1967

A le comparer aux autres publications qui se préoccupent de dessiner les traits de la Mission actuelle, on conviendra sans peine que le présent cahier rend un son différent. Il n'est pas aligné ; les idées qu'il défend ne courent pas les pages qui s'impriment (voir ci-dessous, pp. 178 ss). Mais c'est par là aussi que Spiritus démontre son utilité. Inspiré par la flamme qui se ranime au sein des instituts missionnaires, il exprime un point de vue complémentaire dont l’Église a besoin pour relancer et vivifier la dialectique de sa réflexion missionnaire. Spiritus ne parle pas en effet au nom du « corps des évêques » de qui « relève au premier chef le soin d'annoncer l’Évangile par toute la terre » (Ad gentes, n. 29), mais il donne une voix à ceux à qui l'Esprit a inspiré la vocation missionnaire (ibid., n. 23). Ces pages, pour autant, n'engagent pas officiellement nos instituts missionnaires ; nous pensons même que leur lecture ne sera pas de tout repos pour les supérieurs qui ont la rude charge de les conduire. Mais c'est leur honneur - et le nôtre en même temps - que Spiritus soit mandaté par eux pour exprimer hardiment, en toute indépendance, les exigences et les requêtes de la grâce missionnaire qui nous est donnée. Ainsi Spiritus représente-t-il doublement, dans l’Église missionnaire, des opinions de la base, sans autre autorité que leur propre justesse (éventuelle !). D'une part, il est la voix des instituts qui sont au service de la vie missionnaire du peuple de Dieu et qui souhaitent concourir au dialogue et au concert de recherches qu'animent les pasteurs de ce peuple ; d'autre part, à l'intérieur même de ces instituts, il est la voix de libres serviteurs du charisme missionnaire face aux autorités responsables qui discerneront ce qu'elles ont à en faire.

Comme le concile le lui a demandé, le synode épiscopal, qui se réunit pour la première fois l'automne prochain, « accordera (nous l'espérons) une attention spéciale, parmi les affaires d'intérêt général, à l'activité missionnaire, la plus importante et la plus sainte des charges de l’Église » (Ad gentes, n. 29). C'est à son intention que nous avons préparé ce dossier, non moins qu'à celle des chapitres et des assemblées générales qui ont la lourde responsabilité de mettre en route la mise à jour des instituts missionnaires.

Cependant, nous avons bien conscience de n'avoir mis l'accent, cette fois-ci, que sur un des éléments de cette mise à jour ; il est vrai qu'il commande tous les autres. Il s'agit de la fameuse « question préalable » que nous reposons inlassablement depuis quatre ans : Missionnaires pour quoi faire ? C'est le pendant de la question qu'aimait à se poser saint Bernard pour se stimuler à une perpétuelle conversion : Bernarde, ad quid venisti ? « Bernard, qu'es-tu venu faire ici ? » - D'abord savoir ce qu'on est, ce qu'on veut, et pourquoi on est là, avoir une vision nette de ce pour quoi on est envoyé. C'est la première condition pour vouloir ce qu'on est et accepter de grand cœur toutes les exigences de la mission qu'on assume. Si, au contraire, un divorce se creuse entre ce qu'on était appelé à vivre et ce à quoi on s'emploie en fait, des grâces sont stérilisées, un certain affaissement spirituel est à craindre, une sourde désagrégation menace, et l'on ne sait plus être convaincant pour dire aux jeunes : « Viens avec moi ».

Dans un an, un autre cahier s'efforcera d'éclairer plus en profondeur un second aspect de l'aggiornamento missionnaire, déjà touché cependant en plusieurs points de ce numéro (voir pp. 94 ss. ; 99 ss. ; 118 ss. ; 146 ss. ; 213 ss.), à savoir la réforme de notre style de vie apostolique. D'ici là, répondant à l'invitation du Saint Père de faire, de l'année qui s'ouvre, « une année de la foi », nous aurons l'occasion d'évoquer un préalable plus radical encore à notre aggiornamento que celui qui concerne le but et l'objet exact de notre travail, et c'est la mise en question de plus en plus fréquente de la foi chrétienne elle-même. Peut-on être chrétien aujourd'hui ? Est-il possible aujourd'hui de croire ? Ces titres qui s'étalent aux devantures des libraires atteignent les missionnaires au cœur même de leur raison d'aimer, de lutter et de vivre. Mais, pour cela même, les réponses qu'on y apporte pourraient aussi les aider à nourrir la ferveur de cet élan premier qui les a fait « s'arracher à leurs familles, à leurs occupations, à leurs espoirs terrestres et (partir) à l'aventure, en rêvant de façon paradoxale et sublime de convertir le monde et en prévoyant d'avoir à se fatiguer, à souffrir et à mourir sans les louanges du monde, sans récompenses humaines, sans savoir ce qui leur arrivera ». Ce geste de folie si justement décrit par Paul VI, le 26 octobre 1966, aurait-il le moindre sens en dehors de la foi ?

Spiritus

Aggiornamento missionnaire

Sommaire

ATHANASE BOUCHARD : Les missionnaires de l'avenir
KARL RAHNER : Principes de base de la Mission d'aujourd'hui
EUGÈNE HILLMAN : Priorités missionnaires
JACQUES DOURNES : Sortie pour une Mission sans bornes
MAURICE QUÉGUINER : Rénovation et adaptation des instituts missionnaires
JACQUES LOEW et RENÉ VOILLAUME : Où sont aujourd'hui les plus abandonnés ?
JEAN BONFILS : Portée religieuse d'une vie missionnaire
JOSEPH VANDRISSE : Un institut missionnaire s'interroge

NOTES, LIVRES ET CHRONIQUES
par R. AGENEAU, S. DE BEAURECUEIL, B. BESRET, J. BONFILS, A. BOUCHARD, J. BOUCHAUD, G. CHAUVEL, J. CHÉRUEL, M. CORNELIS, F. GILS, J. LABERGE, F. LE DU, MARIE de JÉSUS, J. PIERRON, Y. RAGUIN, M. SCHRIVE, J. VANDRISSE, etc.

Pour un « vrai feu nouveau » dans la Mission / Texte choisi
Propos récents sur la Mission nouvelle / A travers les revues
Regards missionnaires sur Abraham / Thèmes de récollection
Du sang neuf dans la théologie de la Mission
Sélection Spiritus 1967
L'aggiornamento de Spiritus
Mise à jour des instituts missionnaires / Courrier de la revue
Sources et modèles d'aggiornamento / Lectures missionnaires
Livres reçus / Écriture sainte et Pères de l’Église
Principaux auteurs recensés