L'esprit de communion

N°41 - Mai 1970

En orientant ce cahier sur le thème de l'Esprit de communion, Spiritus a bien conscience d'aborder un sujet vital pour la spiritualité des témoins du Christ parmi les nations. Au sein d'un monde où l'humanité est en marche vers une unité planétaire et dans une situation internationale où nations et races sont appelées à devenir des partenaires égales, les paroles de Jésus ne prennent-elles pas aujourd'hui toute leur actualité et leur force prophétiques : « tous vous êtes des frères » (Matth. 28,8). Paroles auxquelles fait écho, comme un moderne commentaire, la récente publication faite en français par l'Unesco de quelques-uns des écrits de Gandhi : « tous les hommes sont frères (Gallimard 1969). Nous croyons que l'Esprit de Dieu, qui est Esprit de force et d'unité, pousse aujourd'hui les évangélistes des temps nouveaux, à devenir davantage les disciples de celui qui est venu rassembler dans l'unité les enfants de Dieu dispersés (Jean 1 1 ,52), à être des agents de communion et de réconciliation sur la terre des hommes.

Mais qui ne voit pourtant le paradoxe de ces affirmations dans un univers chaque jour en proie à la guerre, au racisme et à l'injustice et où la révolution violente apparaît à un grand nombre comme la clé et la solution des problèmes ? Or nous pensons que c'est de force d'aimer dont les hommes ont surtout besoin pour surmonter les obstacles et vaincre les énormes résistances qui s'opposent à l'établissement d'une fraternité véritable. Dom Helder Camara demandait, il n'y a pas longtemps, que l'on distingue de la violence armée la violence des pacifiques : ceux-ci peuvent exercer une pression morale sur ceux qui gouvernent le monde, et il ajoutait : « lorsque je rêve cette action de justice et de paix, je ne pense pas à créer un parti politique, mais plutôt à mettre en marche un mouvement qui va bien au-delà. Je suis sûr qu'il est possible de réaliser ce rêve » (Croissance des jeunes nations, mars 1970, p. 26).

L'esprit de réconciliation et de paix n'est pas en effet la paresseuse recherche de compromis au détriment de la vérité et de la justice. Il ne se nourrit pas de bons sentiments et ne se contente pas de belles paroles. Il ne fait pas l'économie de l'analyse des situations et il sait reconnaître la différence et le pluralisme. Il est avant tout et surtout la volonté de faire prévaloir l'amour sur la haine, l'unité sur la division.

Le contenu du présent cahier ne répond qu'en partie aux perspectives que souligne ce liminaire. Mais en mettant l'accent sur l'esprit de communion qui doit présider aux multiples aspects de la vie apostolique, il veut offrir matière à réflexion, pour que les missionnaires, dans les lieux où ils vivent, fassent que la réconciliation et la fraternité soient vécues en signes visibles et transparents. Puis avec la grande enquête qui est lancée (p. 218), c'est votre collaboration qui est instamment sollicitée, afin de poursuivre l'exploration de cette piste. L'annonce d'un « concile de jeunes », faite à Taizé le jour de Pâques 1970 ne va-t-elle pas dans ce sens ? De jeunes représentants de 35 nations y ont demandé pour le monde de notre temps « une Eglise dépourvue de moyens de puissance, prête à un partage avec tous, lieu de communion
visible pour toute l'humanité » (Le Monde du 31-3-70).

Spiritus

L'esprit de communion

Sommaire

Lucien Deiss : Peuple de Dieu et rassemblement des nations
Paul Ternant : Les Apôtres et leurs collaborateurs selon le Nouveau Testament
Dominique Nothomb : Nous sommes tous frères
Michel Legrain : Aujourd'hui la communauté
Témoignages : Vie communautaire et Mission
Vers des équipes missionnaires élargies

...et R. AGENEAU, F. AMPE, F. CAMENZIND, J. DOURNES, CL. M. ESCHALLIER, M. LAFON, J. PIERRON, D. PRYEN, et tous les participants à l'enquête publiée dans ce cahier.

récollection : Mission et fraternité
enquête : Communauté et Mission
chronique : Recherches communautaires actuelles
prière : Pour la Paix