Mission et échange entre Églises et peuples

N°43 - Décembre 1970

Encore aujourd'hui l'Eglise est très loin d'avoir manifesté la pleine catholicité à laquelle la destine sa vocation : apparaître comme un signe et un lieu de rassemblement pour les races, tribus, langues et nations (cf Apoc. 7,9). Le poids de l'Occident est encore prédominant dans les différents domaines que sont ceux de la pensée théologique, de la liturgie, de l'art, de l'organisation, des décisions qui se prennent. Le peuple de Dieu - c'est une chose reconnue - souffre (qu'on nous pardonne ce néologisme !) d'occidentocentrisme.

Dans une conférence donnée à la réunion des Jésuites d'Asie orientale en avril 1968, Yves Raguin ne faisait-il pas remarquer que « l'Eglise apparaît dans presque tous les pays d'Asie comme une importation occidentale qui porte, tant en profondeur qu'en surface, les marques de son origine... L'Eglise n'a pas encore accompli en Asie, pas plus que dans la plupart des missions, son indigénisation » (Teaching all nations 2, 1969, p. 151). Face à cet état de chose, les chrétiens des nouvelles églises et les missionnaires qui travaillent au milieu de leurs peuples ont une responsabilité déterminante pour rendre l'Eglise plus oecuménique au sens premier du mot. L'échange entre églises et peuples, dont on parle beaucoup aujourd'hui, ne deviendra vraiment possible que le jour où les partenaires auront chacun leur personnalité et les moyens suffisants pour s'exprimer. Saluons avec joie dans ce sens les rencontres qu'ont été au cours de l'année qui s'achève la conférence oecuménique asiatique sur le développement (en juillet au Japon), la deuxième assemblée des évêques d'Afrique et de Madagascar (en août à Abidjan), la conférence épiscopale panasiatique (en novembre à Manille). De telles rencontres accélèrent une prise de conscience par les églises de leur énorme responsabilité et mettent en place les moyens d'une action commune.

Sur ces questions de l'échange et de l'indigénisation, telles qu'elles sont situées aujourd'hui au coeur de la Mission, le présent cahier n'a pas la prétention de fournir une réflexion complète. Il faudrait notamment que s'y expriment davantage des voix africaines et asiatiques. Mais de prime abord il apparaît que le problème envisagé recouvre plusieurs aspects se renvoyant l'un à l'autre : théologie de l'église particulière, appel pour créer et développer une expression africaine et asiatique du mystère chrétien, spiritualité de la relation à l'autre et de la communion avec lui, rapports entre église locale et présence missionnaire. Autant de questions qui nécessitent un approfondissement et auxquels les articles de ce numéro tentent d'apporter un éclairage.

Nous sommes également heureux de publier dans ce cahier, comme nous le faisons périodiquement, une dizaine de pages de témoignages. Une trentaine de missionnaires de différents pays essaient d'exprimer l'expérience que constituent pour eux leur présence d'étranger dans un peuple et surtout la découverte des richesses de ces nations. Nous en profitons pour leur dire encore une fois merci de soutenir, par leur témoignage, la foi et l'espérance de leurs frères et de leurs soeurs, et d'enrichir ainsi le dialogue et l'échange au sein de l'Eglise.

Spiritus

Mission et échange entre Églises et peuples

Sommaire

Hervé-Marie Legrand : Inverser Babel, mission de l'Eglise
Félix Gils : La portée de la collecte chez saint Paul
Lucien Legrand : A l'écoute des nouveaux chrétiens
Jacques Dournes : La mission relative
Jean Vankrunkelsven : Mission et églises locales
Témoignages : A la découverte des richesses des nations

...et R. AGENEAU, F. CAMENZIND, CH. COUTURIER, E. DUPERRAY, CL. M. ECHALLIER, H. MAURIER, et tous les participants à l'enquête publiée dans ce cahier.

récollection : Mission en dialogue
chronique : A la rencontre des religions africaines