Attester la foi

N°58 - Février 1975

En février 1970, avec le n° 40 qui était celui du dixième anniversaire de Spiritus, le P. Robert Ageneau succédait au P. Athanase Bouchard, fondateur et animateur de la revue. Dans une période de mutations rapides et d'interrogations passionnées, cinq années, c'est toute une histoire qu'on ne peut songer à résumer en quelques lignes. Les lecteurs de la revue auront facilement reconnu la profonde fidélité qui a fait le lien entre les numéros successifs : « Spiritus a été un lieu de recherche et de dialogue où tous les missionnaires, hommes et femmes, ont été invités à faire part de leurs expériences pour un soutien et un progrès mutuels ». Mais le lecteur aura également perçu le continuel renouvellement tant au niveau du langage et des méthodes d'investigation que des thèmes de réflexion et des prises de position.

Au moment où nous prenons leur suite, nous voudrions que Robert Ageneau et Denis Pryen, avec qui nous avons travaillé, dont nous avons apprécié l'amitié, trouvent ici l'expression de notre admiration pour le dynamisme infusé à la revue, pour la somme de travail fourni, pour la recherche toujours plus poussée des conditions de la mission aujourd'hui. Qu'ils trouvent aussi nos voeux pour leurs travaux futurs au service de l'information religieuse et missionnaire.

Comme pour ceux qui nous ont précédés, se pose à nouveau pour nous la question de l'objectif de la revue, du pouvoir qu'elle se donne et de l'autorité qu'elle exerce. Déjà, dans le numéro 53, un essai d'analyse institutionnelle tentait d'apprécier l'instrument qui est entre nos mains. Dans la mesure où Spiritus se veut une plate-forme de rencontres, un lieu d'échanges et de dialogue, le pouvoir de la « parole dite » ne nous appartient plus. On ne « donne » pas la parole pour la reprendre, et ce doit être encore plus vrai si des théologiens, placés dans d'autres situations que les nôtres, nous font l'honneur de nous confier « leur parole » . De quel droit pourrait-on alors les juger ? La tâche qui est devant nous n'est-elle pas de tendre plutôt à l'honnêteté de la confrontation - voire des oppositions - pour servir au dévoilement de la vérité: « Celui qui fait la vérité vient à la lumière » (Jn 3, 21). La revue est l'oeuvre de tous ceux qui veulent y entrer dans le respect et l'écoute, de l'autre.

A ses débuts, l'équipe précédente avait choisi le thème de l'espérance. Pour ce numéro 58, nous vous proposons une réflexion sur l'attestation de la foi. Il est sans doute significatif qu'à chaque point de départ, le thème choisi soit un aspect essentiel de l'adhésion au Christ. L'oeuvre de la mission est toujours reprise et toujours à reprendre, non qu'un dénigrement systématique du passé nous tente ou qu'une tendance masochiste nous pousse... Mais donner un Visage à Jésus est bien une tâche impossible à réaliser. Tout en constituant la dynamique de notre vie, elle requiert une critique continuelle et un nouvel engagement. Nous voudrions que nos lecteurs se sentent interrogés, mais non pas condamnés ou culpabilisés...

Porter témoignage est une dimension essentielle de la foi : il n'y a de foi qu'attestante, que témoignante. Seulement, les conditions du témoignage ne cessent de changer. L'erreur serait de croire qu'un discours clos peut recouvrir toutes les expériences vécues... Le présent numéro montre le va-et-vient entre ces expériences et la référence à Jésus. « La théologie n'est pas autre chose que la recherche de l'authenticité chrétienne à travers le dialogue des théologies situées. La vérité ne réside pas dans le dire de tel théologien particulier ; elle ad-vient dans la mesure où l'acceptation de la différence libère la voie pour une écoute plus exigeante de la Parole » (Ch. Wackenheim).

Continuant la méthode qui a été mise en oeuvre au cours des années précédentes, nous partons ici d'expériences concrètes. Le matériau immédiatement disponible se trouvait rassemblé dans les sessions de formation permanente pour les missionnaires en congé. Au travers de situations, d'insertions diversifiées, les problèmes que pose l'attestation de la foi se dessinent à gros traits. Il nous a semblé intéressant de les repérer pour que la lecture du numéro soit motivée.

Nous avions noté dans ces sessions que les centres d'intérêt des missionnaires changeaient rapidement. A l'aggiornamento théologique succédaient l'annonce kérygmatique, puis la catéchèse... Il n'est pas sans intérêt de se demander pourquoi maintenant, c'est le recours au témoignage qui se fait si fréquent et si fort. Attitude qui n'est pas, semble-t-il, sans ambiguïté. Est-ce une position de repli stratégique, un constat d'impuissance dans l'évangélisation ou un retour à l'acte fondateur, à la genèse de la foi ? L'article de G. Espie essaie d'analyser ce fait. Pour déchiffrer l'acte missionnaire, le P. J.-P. Jossua donne une grille de lecture théologique : il dégage le rapport que la foi entretient avec sa propre attestation, avec l'existence humaine et avec son origine transcendante.

Le témoignage étant un mode de communication, il ne dépend pas seulement de l'intention du témoin, mais aussi de la situation de ceux qui le reçoivent ou du moins qui le perçoivent. Or la situation est mouvante. Un regard historique sur un mouvement d'Action catholique comme la Jac, devenue le Mrjc, montre bien l'effort créateur qu'il faut continuellement poursuivre pour que la foi, dans son attestation reste fidèle à son inspiration. Deux monographies rappellent aussi que le témoignage ne peut être que multiforme, du fait des situations diverses.

Telle est donc l'ossature de ce numéro 58 dont le but est d'éveiller la réflexion chez ceux qui sont consacrés à l'annonce de la Bonne Nouvelle.

L'article du P. J.-Y. Jolif prévu pour le cahier 57 est arrivé tardivement du fait des grèves des P. et T. Nous le publions ici, conscients d'ailleurs qu'il n'est pas éloigné de notre thème d'aujourd'hui : le politique est une dimension globale de l'existence de l'homme et l'attestation de la foi ne peut en faire abstraction.

Ainsi se poursuit l'aventure de notre revue. Un espace de liberté nous est offert par les responsables des Instituts qui forment l'Association Spiritus. Il nous semble bon d'offrir cet espace de liberté à tous ceux qui veulent créer - au travers des tensions qui surgissent de la différence ressentie comme étonnante, inquiétante, voire dangereuse - des relations vraies qui s'originent dans leur foi à l'Esprit-Saint. La réconciliation ne peut être un compromis à bon marché, aussi inefficace qu'un voeu pieux. Ce ne peut être qu'un horizon vers lequel on tend, une tâche ardue qui exige un « mourir » continuel. Notre voeu est qu'au travers des traits brouillés de nos visages à découvert, se dévoile quelque peu le visage du Ressuscité.

Spiritus

Attester la foi

Sommaire

DOSSIER : ATTESTER LA FOI

Dossier d'enquête : Le questionnement
Gabriel Espie : Le recours au témoignage
Jean-Pierre Jossua : Approches théologiques du témoignage
Annick Espinasse : L'évolution du témoignage
Claude Bastid : Témoin au Japon
Georges Janssens : Chez les Peuls

Jean-Yves Jolif : Politique, Eglise, Foi

Chronique : La Chine et le Tiers-Monde

Lectures :
Good News et Witness
Théologie en situation
L'évangélisation en question
La terre africaine et ses religions