Sexualité en diverses cultures

N°73 - Décembre 1978

A première vue, le choix de la sexualité comme thème de recherche missionnaire peut surprendre nos lecteurs - et particulièrement ceux qui se souviennent du premier sous-titre de la revue : cahiers de spiritualité missionnaire ... On a peut-être oublié que les plus grands mystiques utilisent le langage de l'amour pour traduire leur expérience. A commencer par le Cantique des Cantiques... En fait, il est normal de ne pas laisser cette question de côté si l'on veut véritablement établir une communication inter-culturelle et admettre que les conceptions et formulations occidentales ne sont peut-être pas les seules façons d'exprimer le sens de cette réalité inhérente à la nature humaine qu'est la sexualité. Si le thème adopté ici devait susciter des sourires, cela nous poserait à nous-mêmes une question : de quelles peurs, de quels refus, ces sourires seraient-ils signe ?

Mais en premier lieu, il importe que nous précisions à nos lecteurs sous quel aspect nous nous proposons d'aborder le sujet dans le présent cahier.

Sur la sexualité, les descriptions ethnographiques sont nombreuses ; elles traitent des particularités, des différences dans la pratique et dans la régulation, propres à chaque société. Certes, nous sommes redevables aux investigations scientifiques dans ce domaine, et tributaires des résultats acquis. Mais notre revue ne peut s'engager dans de telles recherches. Outre que nous n'en avons pas les moyens techniques, cette visée n'entre pas directement dans notre objectif.

Par ailleurs, l'aspect moral est souvent l'angle sous lequel les missionnaires sont touchés par ces problèmes, qu'il s'agisse de la confession, de la prédication, de l'enseignement moral ou de l'appel à la conversion. La tentation pour eux est alors de prendre immédiatement les régulations occidentales de la sexualité comme normes de jugement. Ce n'est pas sous cet angle que nous étudierons le problème. Nous n'avons pas de jugement moral à porter dans l'immédiat.

Enfin, un autre point de vue est que, de fait, la sexualité est toujours régulée par les ethnies ou autres groupes sociaux. En conséquence, elle donne lieu à des institutions variées : initiation, mariage, polygamie, lévirat, etc. que nous avons déjà eu l'occasion d'examiner en de précédents cahiers. Sans doute, y aurait-il largement à revenir sur ces aspects sociaux et institutionnels. Mais tel ne sera pas, là encore, notre propos dans ce numéro.

L'objet de notre enquête portera sur d'autres questions : quel est l'homme que peuvent former les pratiques et les régulations observées dans les diverses cultures ? Quelle est la perspective ouverte par de tels phénomènes sociaux ?

L'être humain n'existe que sexué : cette altérité, qui est source de dévoilement de soi par l'autre, est constitutive de l'être. La différence « homme-femme » implique que ni l'un ni l'autre sexe ne réalise à lui seul l'humanité. C'est un fait, une « réalité » qui se traduit en psychologie, en sociologie, comme au plan social, économique et politique, mais en des formes extrêmement variées selon les cultures. Parler abstraitement de la «nature» de l'homme n'aide guère à saisir le réel...

En outre, cette « réalité » est aussi « symbolique » : c'est dire qu'elle se rapporte à l'imaginaire, qu'elle dépend des créations provoquées par l'affectivité. A ce titre, la sexualité révèle une « béance », un manque, un désir qui marque une limite - mais aussi l'ouverture à un infini, à un dépassement continuel. Relevant de l'imaginaire, la sexualité ne s'enferme pas dans le phantasme : elle reste en rapport avec le réel dont elle requiert une connaissance sans illusion, une vérité critique qui lui est indispensable. La sexualité est donc réellement un symbole qui permet d'indiquer le sens ultime de l'existence humaine.

C'est à ce niveau, principalement, que le problème nous intéresse, car la force d'un symbole est d'être en prise sur le réel, tout en lui ouvrant un avenir, un dépassement, fût-ce par un passage dans la mort. Le premier résultat d'une telle étude est peut-être de nous libérer de la prétention à une supériorité : l'homme n'est pas enfermé dans une définition ; il est au contraire « en devenir », dans une communication toujours élargie. Ainsi, la rencontre inter-culturelle peut-elle nous permettre de prendre conscience de l'imperfection de l'homme et de la société.

Se donner des pistes de compréhension de l'autre, dans sa différence, est une possibilité de dialogue qui évite à chacun de se bloquer dans ses propres jugements et ses présupposés. L'attitude missionnaire
peut en être profondément changée.

Il nous a semblé qu'une telle étude - qui renvoie à la quête de l'homme par lui-même - a un rapport avec l'évangélisation, puisque le but de l'Evangile est la recherche de ce que l'homme doit devenir dans l'alliance avec Dieu, au travers des choix concrets que se donne la communauté des croyants pour annoncer et actualiser - certes imparfaitement, mais réellement - le Royaume de Dieu qui est aussi le peuple des frères.

C'est également l'occasion de nous ré-interroger sur notre propre culture, sur nos hésitations, sur nos recherches, d'accepter que l'autre nous aide à nous comprendre et à mieux vivre dans le dynamisme libérateur de l'Evangile.

Spiritus

Sexualité en diverses cultures

Sommaire

DOSSIER : SEXUALITÉ EN DIVERSES CULTURES

Mike Singleton : L'objectif sexuel en Afrique
Jean Boulanger : La femme et les âges de la vie
Xavier Baronnet : A propos de l'excision ...
Willy Eggen : La sexualité en Afrique
Olivier Chegaray : Sexe et Japon
Edmond Pezet : Bouddhisme et Sexualité
René Simon : Conception chrétienne de la sexualité et rencontre des cultures

Les Evêques du Zaïre : Déclaration de l'Assemblée de Kinshasa
Edmond Pezet : Le Rite zaïrois de la messe