Faire Église

N°85 - Décembre 1981

Les numéros 82 et 84 de SPIRITUS étaient essentiellement composés de paroles de laïcs sur les communautés chrétiennes auxquelles ils appartiennent, qu'ils constituent eux-mêmes, qui sont, pour eux, les lieux de la confession de foi, du partage de la Parole et des sacrements, de la solidarité fraternelle, de la prise de conscience de leur mission. Ces témoignages, nous les recevons tels quels ; nous ne voulons pas les questionner, les commenter, les situer, les critiquer ou les valoriser... Mais, à les lire, nous nous interrogeons sur la conception que nous avons de l'Eglise, sur le rôle que nous y jouons, sur les désirs que nous portons en pensant à son « devenir ». Nous avons prié des sociologues, des anthropologues et des théologiens de nous dire les questions qui se posaient au cours de cette relecture. Ils nous donnent ainsi des pistes importantes de recherche.

Nous ferons un premier rappel : celui des limites de notre connaissance des diverses Eglises. D'emblée, nous avions admis qu'il ne s'agissait pas de chercher par ce biais une telle connaissance, mais plutôt de repérer des interrogations qui sont peut-être aussi les nôtres. Saisissant ces expressions de la foi, nous les écoutions résonner en nous et ainsi, nous nous laissions évangéliser.

Certains exemples font ressortir que, maintenant, nous sommes des minoritaires. Cela nous apparaît d'autant plus important que ce fait s'impose chaque jour davantage à notre réalité actuelle. L'identification des Occidentaux avec l'Eglise diminue de plus en plus et les possibilités d'influence des chrétiens deviennent plus minces. La mission n'en est que plus urgente. Comme elle ne peut être une « reconquête », que doit-elle être ? Nous sommes porteurs de l'espérance messianique : elle est notre tâche, notre devoir, mais aussi notre joie.

C'est donc la crédibilité de l'Eglise qui est ainsi mise en jeu. On sent bien qu'en Afrique, par exemple, la critique de l'Eglise monte chez les intellectuels et les étudiants, donc chez ceux qu'atteint la rationalité moderne. Peut-on se rassurer en pensant que le sentiment religieux subsistera ?

Une autre interrogation est celle de la prise de position de l'Eglise qui n'est pas « du monde », mais dans le monde et pour le monde. L'Eglise n'est pas négation du monde ; elle ne peut se mettre en dehors du monde, car elle a une mission à remplir envers lui : sa vocation messianique lui demande des options dans les diverses situations sociales et politiques. Une piété de l'au-delà qui veut Dieu et son Royaume et la béatitude de l'âme dans la nouvelle Terre est au fond aussi athée que l'attitude terrestre qui veut avoir le Royaume sans Dieu et la terre sans l'horizon du salut (Moltmann).

Toute Eglise doit être communauté de l'Exode, qui prend le départ, l'initiative de ce qui est libérateur pour les hommes. Elle doit être communauté de la Croix, solidaire de ceux qui souffrent. Toute Eglise doit être communauté du Royaume, une Eglise du « pas encore » et du « déjà là », ouverte sur les autres et sur l'avenir.

Mais si chaque Eglise est ainsi renvoyée à sa propre responsabilité, on voit poindre le problème de la catholicité. Quel peut être le type de communion de ces Eglises dispersées à travers le monde, qui ont le sens de leurs particularités ? Une pratique « catholique » de la mission doit respecter et favoriser la singularité, la personnalité de chaque Eglise locale, compte tenu de son enracinement culturel et religieux, mais aussi activer les rencontres et développer l'aspect synodal ou conciliaire de l'Eglise.

La question urgente n'est donc plus tellement : qu'est-ce que l'Eglise ? mais : où est l'Eglise ? Qu'est-ce qui lui donne lieu ? Qu'elle soit présente « là où est le Christ », nous renvoie à un discernement qui commande nos choix et inspire nos prières.

Spiritus

Faire Église

Sommaire

DOSSIER : FAIRE ÉGLISE

Willy Eggen : Parlant de la foi qui vit en eux
Yves Morel : L'Eglise en procès chez les jeunes Africains
Jean Waret : Japon : contrastes entre minorités
Gabriel Espie : Le temps du désenchantement ou de l'espérance ?
Georges Duperray : Un point de vue ecclésiologique

CHRONIQUES

Serge de Beaurecueil : Les lacets verts
Lucien Legrand : Il n'y a ni esclave ni homme libre ...
Eugène Lapointe : Le mythe chez les Basotho
Pierre Reinhard : Jésus fete la pâque au séjour des ancêtres
Marc Cougoulat : Prêtre en milieu musulman

COMMUNICATION

anniversaire : 8e centenaire de saint François d'Assise