Théologies africaines

N°88 - Septembre 1982

Les changements politiques des vingt dernières années (décolonisation, rencontres des non-alignés, affirmation du tiers monde, dialogue Nord-Sud) et les diverses prises de conscience de l'Eglise, tant au Concile de Vatican II que dans les synodes épiscopaux qui ont suivi, ont entraîné un changement de sens, d'orientation dans la réalité missionnaire. On pourrait presque parler d'une « inversion » de la mission. La mission a toujours été rencontre de « l'autre ». Mais dans la grande période des « missions », le missionnaire savait qui était l'autre, le païen, l'idolâtre ; il connaissait ses manques, son besoin de salut. L'altérité se définissait à partir de nous. C'est une forme « d'impérialisme » qui tendait à l'unification par l'uniformité.

Mais aujourd'hui, l'autre se présente lui-même avec sa dignité conquise, sa force affirmée, son identité revendiquée, ses exigences à respecter, ses valeurs à défendre et à proposer. L'autre est conscient de son altérité, fier de cette altérité, même si sa revendication reste parfois agressive, témoignant de sa souffrance et de son humiliation à ne pas être reconnu.

Dans l'Eglise, ce mouvement conduit à une appropriation de la Parole de Dieu par les croyants d'autres cultures. Les missionnaires - et on ne saurait le leur reprocher - ne pouvaient présenter le message chrétien qu'au moyen des formes culturelles dont ils étaient les héritiers. Il n'y a de Parole de Dieu qu'au travers des langages humains. Mais il est tout aussi normal que les nouveaux croyants prêtent leur langage à l'expérience de la Révélation de Dieu.

Les Eglises locales tendent à devenir des Eglises sujets en se donnant un langage et des formes de témoignage. L'Eglise locale est le sujet actif de la manifestation de l'Eglise universelle dans un lieu déterminé, dans une culture donnée.

Dans cette revue, les missionnaires ont souvent exprimé la réalité missionnaire, analysé les problèmes qui se posaient à eux. Mais, déjà en 1974, les prêtres du tiers monde avaient pu s'y exprimer à leur tour : ce ne fut pas sans remous. Depuis, nous avons écouté des laïcs parler de leurs Eglises. Il faudra bien un jour analyser les discours des responsables de ces Eglises. Aujourd'hui, nous avons prié les théologiens du tiers monde de nous faire part de leur vision de l'Eglise et de leur foi. La présentation est simple : un exposé d'ensemble sur les théologiens d'un ensemble culturel précède diverses contributions qui traitent toutes d'un même article de foi : Jésus est mort pour nos péchés et ressuscité pour notre vie. Dans ce numéro, nous commençons par les théologiens africains.

Spiritus

Théologies africaines

Sommaire

DOSSIER : THÉOLOGIES AFRICAINES

Henri Maurier : La théologie africaine francophone
Eugène E. Uzukwu : Le salut chrétien du point de vue congolais
Zablon J. Nthamburi : Fondements bibliques d'une théologie africaine

CHRONIQUES

Julien Penoukou : OEcuménisme et avenir des Eglises africaines
Ion Bria : Unité des chrétiens et mission de l'Eglise
Paulo Suess : Cultures indiennes et évangélisation
Serge de Beaurecueil : Et demeure la face de ton Seigneur